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Gencives et santé globale

Santé bucco-dentaire et fertilité : le lien que l’on sous-estime

Couple en consultation de fertilité face à une médecin qui tient un flacon d'analyse.

Quand un couple consulte pour des difficultés à concevoir, personne ne pense à regarder ses gencives. Le bilan hormonal, l’échographie, le spermogramme : tout est passé au crible, sauf la bouche. Pourtant, dans 15 à 30 % des cas, aucune cause n’est retrouvée et le dossier se referme sur la mention « infertilité inexpliquée ».

Voici l’essentiel : une parodontite non traitée, c’est-à-dire une infection chronique des tissus qui soutiennent la dent, entretient une inflammation qui ne reste pas dans la bouche. Une revue systématique de 2024 a réuni quatorze études et près de 4 900 patients sur ce lien : délai plus long pour concevoir chez la femme, qualité du sperme dégradée chez l’homme. Il s’agit d’associations, pas encore d’une causalité démontrée. Mais le bilan parodontal est simple, rapide, et le traitement bénéficie de toute façon à votre santé générale. Dans un parcours de procréation médicalement assistée, où chaque cycle compte, c’est un facteur qui mérite d’être écarté.

Dans cet article, je vous explique ce que la recherche montre réellement, ce qu’elle ne montre pas encore, et à quel moment un bilan bucco-dentaire a du sens dans un projet d’enfant.

Dans cet article

Infertilité inexpliquée : pourquoi regarder du côté de la bouche

Environ une personne sur six en âge de procréer connaît une infertilité au cours de sa vie, soit 17,5 % de la population adulte (OMS, 2023). En Suisse, la statistique fédérale rappelle qu’un enfant sur quarante naît aujourd’hui après une fécondation in vitro. À Genève, le service de médecine de la reproduction des HUG et le centre FertiGenève accompagnent une partie de ces couples. Le sujet touche donc beaucoup plus de familles qu’on ne l’imagine.

La dysbiose buccale est un déséquilibre de la flore de la bouche, dans lequel des bactéries agressives prennent le pas sur les bactéries protectrices. Elle se manifeste par des caries à répétition, une gingivite, des aphtes ou une candidose. Sa forme la plus lourde est la parodontite, qui atteint la gencive et l’os autour de la dent. Dans sa forme sévère, elle concerne environ 19 % des personnes de 15 ans et plus, soit plus d’un milliard de cas dans le monde (OMS, rapport mondial sur la santé bucco-dentaire, 2022).

Évolution de la maladie parodontale, de la gencive saine à la parodontite sévère avec poche profonde et perte osseuse.

Les bactéries en cause sont bien identifiées

Le biofilm pathogène s’organise autour de quelques espèces clés : Porphyromonas gingivalis, Tannerella forsythia et Treponema denticola, auxquelles s’ajoutent Aggregatibacter actinomycetemcomitans et Fusobacterium nucleatum.

Ces bactéries partagent trois propriétés qui expliquent leur portée générale. Elles échappent à la réponse immunitaire locale. Elles détruisent les tissus de soutien de la dent. Et elles passent dans la circulation sanguine de façon répétée, lors du simple brossage ou de la mastication.

Les signes qui doivent alerter

Surveillez en particulier :

  • Des gencives qui saignent au brossage ou au fil dentaire
  • Une mauvaise haleine persistante malgré une hygiène correcte
  • Des gencives rouges, gonflées ou qui se rétractent
  • Des dents qui semblent bouger ou s’écarter
  • Un tartre visible, notamment derrière les incisives du bas

Aucun de ces signes n’est douloureux au départ, et c’est précisément le problème : la parodontite avance en silence pendant des années. Si vos gencives saignent régulièrement, ce n’est jamais normal.

Ce que la recherche montre chez la femme

Le travail le plus cité reste une étude australienne portant sur 3 416 grossesses. Chez les femmes présentant une maladie parodontale, le délai moyen pour concevoir était de 7,1 mois, contre 5,0 mois chez les autres (Hart et coll., Human Reproduction, 2012). Parmi celles qui ont mis plus d’un an à concevoir, 34,9 % présentaient une maladie parodontale, contre 25,7 % chez les autres. L’analyse par sous-groupes nuance toutefois ce résultat : l’association ne ressortait pas chez les femmes caucasiennes de la cohorte, ce qui laisse ouverte la part d’autres facteurs.

Une équipe finlandaise a suivi 256 femmes cherchant à concevoir. Porphyromonas gingivalis était détecté chez 8,3 % de celles qui n’ont pas conçu, contre 2,1 % de celles qui y sont parvenues (Paju et coll., Journal of Oral Microbiology, 2017). Les femmes porteuses de la bactérie avec une réponse immunitaire élevée avaient une probabilité de conception plus faible sur la période observée, avec une marge d’incertitude large autour de ce résultat.

D’autres travaux retrouvent un état parodontal et carieux plus dégradé chez les femmes en infertilité inexpliquée, ainsi que des liens avec le syndrome des ovaires polykystiques et l’endométriose, deux situations où l’inflammation joue déjà un rôle central. Une étude japonaise publiée en 2025 va plus loin sur le mécanisme : elle observe des anticorps plus élevés contre P. gingivalis chez les femmes infertiles, et, sur un modèle animal, une modification de l’utérus et de ses récepteurs hormonaux.

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Un examen parodontal permet de savoir en une séance si un foyer inflammatoire est présent, et s’il vaut la peine d’être traité avant de poursuivre.

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Ce que la recherche montre chez l’homme

Le versant masculin est moins connu du public, alors qu’il est au moins aussi documenté. Une revue systématique parue en 2025 a rassemblé neuf études et 1 386 participants sur le lien entre parodontite et qualité du sperme (BMC Oral Health, 2025).

Le tableau qui en ressort se lit sur quatre paramètres.

Paramètre du spermogrammeCe que retrouvent les étudesNiveau de preuve
Mobilité progressiveRéduite chez les hommes atteints d’une parodontite sévèreCohérent sur plusieurs travaux
MorphologieBaisse du pourcentage de formes normales quand la charge inflammatoire buccale augmenteCohérent
Fragmentation de l’ADNAugmentée chez les hommes atteints de parodontiteDeux études convergentes
Numération et concentrationRésultats contradictoires selon les étudesNon concluant

Une étude cas-témoins menée sur 192 hommes aborde la question par l’autre bout, et arrive au même endroit : une parodontite modérée à sévère était présente chez 33,3 % de ceux dont le spermogramme était anormal, contre 17,8 % des témoins, soit un risque multiplié par 3,4 après ajustement (Tao et coll., Oral Diseases, 2021).

Des travaux plus anciens allaient déjà dans ce sens, en reliant le niveau d’hygiène bucco-dentaire à la numération des spermatozoïdes, ou en décrivant un état parodontal et carieux dégradé chez des hommes présentant une infertilité idiopathique. Les auteurs de la revue de 2025 précisent qu’ils n’ont pas pu réaliser de méta-analyse, les protocoles étant trop hétérogènes.

Ces paramètres sont précisément ceux que l’on cherche à améliorer avant une fécondation in vitro ou une ICSI. La fragmentation de l’ADN spermatique, en particulier, est un marqueur suivi de près par les équipes de médecine de la reproduction.

L’inflammation de bas grade, le mécanisme commun

Toutes ces observations convergent vers une même explication. Une bouche en dysbiose produit en continu des messagers de l’inflammation (interleukine 6, TNF-alpha) et des fragments bactériens appelés lipopolysaccharides. Ces molécules quittent la bouche par le sang et la lymphe, et entretiennent une inflammation générale discrète mais permanente.

Ce mécanisme est déjà bien établi pour le diabète, les maladies cardiovasculaires et certaines pathologies neurodégénératives. C’est le même schéma qui semble opérer au niveau des organes reproducteurs : réceptivité de l’endomètre altérée, folliculogenèse et spermatogenèse perturbées, et, quand la grossesse survient, un risque accru de prématurité ou de petit poids de naissance, le lien le mieux documenté de tous ceux évoqués ici.

Schéma du lien entre santé bucco-dentaire et fertilité : l'inflammation des gencives gagne le sang puis les organes reproducteurs.
Mécanisme étudié par la recherche : une association observée, pas encore une causalité démontrée.

C’est aussi la raison pour laquelle un suivi dentaire est recommandé pendant la grossesse, et pas seulement avant. J’en détaille les modalités dans l’article consacré à l’hygiène dentaire pendant la grossesse. Pour comprendre plus largement comment la flore buccale agit sur le reste de l’organisme, voyez notre dossier sur le microbiote buccal et la santé globale.

Pourquoi raisonner en couple et non en individu

Les partenaires d’un couple partagent leur flore buccale. Ce détail change la façon d’aborder la question.

Une étude néerlandaise portant sur vingt et un couples a mesuré ce transfert. Un baiser intime de dix secondes déplace en moyenne 80 millions de bactéries d’un partenaire à l’autre, et la ressemblance entre les deux microbiotes salivaires augmente avec la fréquence des baisers (Kort et coll., Microbiome, 2014).

La conséquence pratique est simple. Traiter un seul des deux partenaires expose à une recolonisation par l’autre. Dans un couple, un déséquilibre parodontal chez l’un entretient un terrain bactérien et inflammatoire commun. C’est pourquoi il est plus cohérent d’évaluer les deux partenaires que d’en traiter un seul.

Dr Bernard Kurdyk, chirurgien-dentiste spécialisé en dentisterie holistique et parodontologie chez Dental Geneva

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Le bilan bucco-dentaire dans un parcours PMA à Genève

En Suisse, la fécondation in vitro n’est pas remboursée par l’assurance de base. Un cycle complet, médicaments compris, représente de l’ordre de 10 000 CHF à la charge du couple. Les soins dentaires ne sont pas davantage couverts par la LAMal, sauf exceptions, comme je le rappelle dans notre guide sur le remboursement des soins dentaires en Suisse. Mais l’échelle n’est pas la même. Une consultation de contrôle est à 100 CHF au cabinet, un détartrage avec polissage démarre à 150 CHF, et tout plan de traitement plus poussé est chiffré au préalable dans un devis. Le détail figure sur notre page tarifs.

Sur le plan du calendrier, voici comment cela s’organise en pratique.

Étapes d'un bilan dentaire avant une FIV, de l'examen des deux partenaires à la réévaluation à trois mois.
ÉtapeQuandObjectif
Bilan parodontal complet des deux partenairesIdéalement 3 à 6 mois avant le début du protocoleMesurer les poches, repérer les foyers infectieux, quantifier l’inflammation
Analyse du microbiote buccal si nécessaireÀ la suite du bilanIdentifier les espèces pathogènes dominantes
Assainissement : détartrage, surfaçage radiculaire, soin des cariesSur 4 à 8 semainesÉliminer le biofilm pathogène et les foyers infectieux
Rééquilibrage de la flore et hygiène adaptéeEn continuRéinstaller une flore protectrice, éviter la recolonisation
Réévaluation3 mois après l’assainissementVérifier la stabilisation avant ou pendant le protocole

L’idée n’est pas d’ajouter une étape de plus à un parcours déjà lourd. Elle est d’écarter, en amont, un facteur inflammatoire modifiable, au moment où l’on cherche précisément à mettre toutes les chances de son côté. Un traitement parodontal non chirurgical se déroule au cabinet, sous anesthésie locale, et se planifie en amont du protocole, en coordination avec votre équipe de PMA.

Détartrage au cabinet Dental Geneva, près de la gare Cornavin à Genève, première étape d'un traitement des gencives.

Au cabinet, l’analyse du microbiote buccal et les protocoles de rééquilibrage font partie de notre approche. Le principe reste le même que pour le reste de la dentisterie générale : traiter la cause, pas seulement le symptôme. L’entretien au quotidien repose ensuite sur des gestes simples, détaillés dans nos règles d’hygiène bucco-dentaire et complétés par un suivi d’hygiène professionnel régulier.

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Ce que cette approche ne promet pas

Il faut être clair sur l’état des connaissances, parce que le sujet se prête aux raccourcis.

Les études disponibles établissent des associations. Elles ne démontrent pas encore qu’un traitement parodontal augmente à lui seul les chances de grossesse. Une revue critique publiée en 2026 dans le Journal of Dental Research le formule sans détour : les mécanismes biologiques sont plausibles, les signaux convergents, mais les preuves restent largement associatives, et les auteurs mettent en garde contre les attentes prématurées quant au bénéfice thérapeutique.

Ce que l’on peut dire honnêtement : soigner une parodontite est utile en soi, quel que soit le projet d’enfant. C’est un geste dont le bénéfice général est acquis, dont le coût est modeste au regard d’un parcours de PMA, et qui supprime un facteur inflammatoire dont on soupçonne sérieusement le rôle. Ni plus, ni moins.

Questions fréquentes

Faut-il faire un bilan dentaire avant une FIV ?

Ce n’est pas un examen exigé dans le parcours de PMA en Suisse. Il reste pertinent : le bilan est rapide, le traitement éventuel se déroule en quelques semaines, et il n’interfère pas avec le protocole médical.

Une gingivite suffit-elle à poser problème ?

La gingivite est une inflammation superficielle et réversible de la gencive. C’est le stade qui précède la parodontite, laquelle atteint l’os. Une gingivite traitée tôt ne pose pas de difficulté particulière, mais laissée en place, elle évolue chez une partie des patients vers une forme plus profonde.

Mon conjoint doit-il vraiment être examiné aussi ?

C’est préférable, pour deux raisons. La qualité du sperme est associée à l’état parodontal dans plusieurs études. Et le partage bactérien au sein du couple rend un traitement isolé moins durable.

Le traitement est-il douloureux ?

Le surfaçage radiculaire se pratique sous anesthésie locale. Un détartrage classique n’en nécessite pas. La gêne se limite en général à une sensibilité de quelques jours.

Combien de temps avant de voir un effet sur l’inflammation ?

Les marqueurs inflammatoires diminuent en général dans les deux à trois mois qui suivent l’assainissement, à condition que l’hygiène quotidienne suive. C’est le délai que nous retenons pour la réévaluation.

Un bilan avant de démarrer

Le lien entre santé bucco-dentaire et fertilité ne remplacera jamais un bilan gynécologique ou andrologique. Il le complète. Si vous êtes engagés dans un projet d’enfant, a fortiori dans un parcours de procréation médicalement assistée, et que vos gencives saignent ou que votre dernier détartrage remonte à plus d’un an, un bilan vaut la peine d’être fait. Il écarte une hypothèse, ou il révèle quelque chose que personne d’autre n’a regardé.

Prenez rendez-vous avec le Dr Bernard Kurdyk pour un bilan parodontal et une analyse du microbiote buccal en couple. Réservez votre consultation.

Vous êtes gynécologue, sage-femme, biologiste de la reproduction ou médecin de la fertilité et souhaitez adresser un couple pour un bilan bucco-dentaire ? Contactez-nous, nous organisons une prise en charge coordonnée et un retour écrit au praticien référent.

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